jeudi 18 avril 2013

L'eau; notre grand défi planétaire



Depuis son origine, l’homme allait à l’eau et la plupart des sociétés réussissaient à satisfaire leurs besoins croissants en eau en captant des ressources fiables et relativement bon marché. Depuis le milieu du 20e siècle, la consommation mondiale d’eau suit une courbe exponentielle. Cette modification alarmante s’est produite en un temps très court en regard de l’âge de l’humanité. Le corollaire de ce constat est celui de la diminution constante des ressources en raison notamment de la croissance démographique, des pollutions et du changement climatique prévu. Si les ressources en eau sont menacées, les ressources qui dépendent de l'eau le sont aussi. L’eau disponible se raréfie pour satisfaire nos besoins croissants en utilisations agricoles, industrielles et domestiques, sa qualité se dégrade dangereusement partout dans le monde. De plus, son prix augmente.

La crise mondiale de l’eau est profonde et durable

Les causes de la crise planétaire de l'eau sont la résultante de facteurs naturels, démographiques, économiques, politiques et culturels :

1)   l'inégalité des répartitions géographiques à la surface du globe ;

2) les changements climatiques et écologiques (sécheresses, inondations, déforestations, réchauffement planétaire, disparitions des zones humides…) résultant d'actions anthropiques ou naturelles ;

3)   l'augmentation exponentielle des besoins, surtout agricoles (70 % de la consommation mondiale) mais aussi industriels (20 %) et domestiques (10 %). Cette croissance vertigineuse est liée à la croissance démographique (la population mondiale, aujourd'hui de 6,5 milliards d'habitants, devrait passer à quelques 9 milliards en 2050),  à l’augmentation du niveau de vie et à l’urbanisation galopante ;

4)    l'absence ou les difficultés de gérer collectivement  les ressources en eau renouvelable ainsi que la sur­exploitation des gîtes aquifères et le gaspillage.

5)        les pollutions diverses

6)        La désacralisation de « l’être de l’eau »


Les raisons de cette crise généralisée de l’eau sont à la fois quantitatives et qualitatives et se traduisent à toutes les échelles géographiques (village, ville, région, pays, monde) par des enjeux économiques, géopolitiques, sanitaires et écologiques.

En effet, une pénurie d’eau menace la planète dans les dizaines d’années à venir, la biodiversité des milieux aquatiques s’amoindrit, des conflits et guerres existent ou pourraient se produire pour l’accès à l’eau... Cependant, il est évident que les données hydriques et les solutions envisagées varient selon les continents, les pays et leur stade de développement économique. Ainsi, dans les pays en voie de développement, en sus du problème qualitatif, le cumul des fac­teurs énumérés plus avant se combinent pour créer les conditions d'accès à l'eau les plus mauvaises avec des conséquences dramatiques . Selon l'OMS, 1,5 milliard d'habitants de la planète (soit 1 sur 4) n'ont pas accès à l'eau potable (salubre), 2,5 milliards (soit près de 1 sur 2) ne sont pas raccordés à un réseau d'assainissement et l’eau insalubre tue quelques 35000 personnes par jour !

Les constats et incantations récurrentes des instances internationales et des gouvernements n’ont malheureusement pas changé fondamentalement la donne concernant ces dramatiques réalités hydriques.  

Le déni de la réalité 

« Jusqu'à ce que la douleur le lui enseigne, l'homme ne sait pas quel trésor est l'eau ». Cette sentence de Lord Byron résonne aujourd’hui comme un avertissement !

Serons-nous réagir à temps en modifiant en profondeur notre empreinte écologique sur l’eau ? Hélas, rien n’est moins sûr… Cependant, la raréfaction croissante et la qualité de l’eau sont des réalités qu’il nous faudra intégrer rapidement de gré sinon de force pour ne pas compromettre notre devenir et celui de tous les êtres vivants sur cette planète.

Souvenons nous de René Dumont le soir de l’élection présidentielle de 1974 brandissant un verre d’eau et prophétisant que ce liquide deviendrait en quelques décennies, « l’or bleu » du siècle à venir. Ce message suscita à l’époque des ricanements amusés, de l’incrédulité ou pire de l’indifférence…

Discours catastrophiste d’un écologiste illuminé ou réalité proche d’un monde assoiffé d’eau de qualité ? Aurions-nous oubliés quelques évidences fondamentales au sujet de l’eau ? Notre corps est constitué majoritairement d’eau tout comme notre planète. L’eau est une puissance civilisatrice car elle est au cœur de nos pratiques sociales, religieuses, économiques et sanitaires. L’eau est aussi omniprésente dans nos gestes quotidiens. Arrêtons nous, juste un instant pour imaginer notre quotidien sans eau. Plus moyen  simplement, de se désaltérer, de faire du café, de préparer une soupe, de se laver, de laver son linge, d’arroser son jardin, de faire la vaisselle… La vie devient tout simplement impossible et il y a urgence à réagir !!!

Pour une «  révolution bleue » : Quelques réflexions et  propositions

Eau collective, eau individuelle

Notre responsabilité vis-à-vis du devenir de notre planète et de son eau est à la fois collective et individuelle, présente et future.
S’il nous apparaît aujourd’hui tout à fait justifié d’un point de vue sanitaire d’avoir recours à des solutions individuelles de purification et de structuration de l’eau du réseau pour boire une eau de qualité « biocompatible » (potable, pure et structurée), les problèmes de pollutions des eaux brutes sont une réalité récurrente qui nécessitent impérieusement d’agir collectivement pour reconquérir une qualité de l’eau à la source et préserver ce bien patrimonial universel pour les générations futures. Cette question de la qualité de l’eau va bien au-delà de la seule considération sanitaire ; elle nous oblige à dépasser la myopie utilitaire et marchande de notre rapport à l’eau que nous buvons.

Prenons conscience collectivement et individuellement de nos pollutions dans nos actes quotidiens à travers notre comportement consumériste (achat de produits toxiques ménagers, rejet de matières polluantes à l’évier…). De même, il est facile d’adopter des systèmes simples d’économie d’eau dans nos foyers.

Gérer l’eau différemment

Modifier l’orientation économique et les pratiques agricoles
L’agriculture consomme 70% de l’eau utilisée dans le monde, principalement par l’irrigation. Il est tout à fait concevable de réduire cette quantité par des techniques modernes ou ancestrales plus économes en eau ainsi qu’en cultivant des plantes moins hydrovores. De plus, le mode de production agricole intensive nécessite l’utilisation de pesticides qui menacent à terme notre santé et d’engrais de synthèse. Il y a nécessité impérieuse de remettre en cause ce modèle qui assèche et pollue dangereusement l’ensemble de la planète.

L’eau citoyenne
Devenons des citoyens de l’eau en appuyant les propositions des tenants de l’eau, bien commun patrimonial (comme le Contrat Mondial de l’Eau de Riccardo Petrella) qui s’oppose à la vision marchande de l’eau des opérateurs privés et des institutions internationales. Le combat pour l’eau patrimoniale s’appuie sur des propositions concrètes et simples d’associations (France Libertés, ACME…) comme la mise à disposition pour chaque être humain de 40 litres d’eau potable gratuite par habitant et par jour. Cette quantité correspond à la satisfaction des besoins vitaux (boisson, eau de cuisson, hygiène). Comment financer cette mesure ? En prélevant 1% du budget militaire mondial annuel pour offrir l’accès à l’eau potable là où les infrastructures sont insuffisantes. De plus, ces associations demandent l’inscription du droit d’accès à l’eau potable dans les constitutions des pays et la gestion de la distribution et de l’assainissement de l’eau potable en terme de services publics
Par ailleurs, la décroissance de notre consommation passe par de réelles économies d’eau qui impliquent de développer autant que faire se peut, des modes d’une gestion alternative à l’eau du réseau comme le recyclage de l’eau pluviale et l’assainissement collectif et autonome par des techniques respectueuses de l’environnement (lagunage, phytoépuration)
En effet, il serait possible de gérer différemment les qualités de nos besoins en l’eau. Il faut bien reconnaître l’absurdité de fabriquer à un coût croissant de l’eau potable pour les usages domestiques qui n’en nécessitent pas (WC, lessive). De même, il serait plus logique, économe et écologique de retenir l’eau pluviale à la parcelle notamment dans nos villes et d’éviter ainsi l’encombrement des stations d’épuration.

 L’eau virtuelle
Elle correspond à la quantité d’eau nécessaire pour produire des biens de consommation industriels ou agricoles. Il faut par exemple 20.000 litres d’eau pour produire 1 Kg de viande de bœuf mais dix fois moins pour faire pousser 1 Kg de blé. Il est donc possible de réduire concrètement notre empreinte sur l’eau par le choix des aliments que nous consommons. Cette dimension d’eau virtuelle n’est jamais ou très rarement prise en compte dans les opérations de sensibilisation sur les économies d’eau.

Plaidoyer pour un respect de l’eau

L'eau est sans nul doute l’un des éléments le plus précieux des patrimoines de l'humanité et nous nous devons de nous occuper d’urgence  de son partage équitable et de sa qualité ; c’est un « avoir » indispensable mais nous faisons une erreur essentielle si nous oublions « l’être de l’eau ». Il importe de garder à l'esprit sa dimension symbolique, sa beauté désaltérante… Ceci passe par la réhabilitation des fontaines, l’accès aux eaux courantes et superficielles dans les villes (comme en Allemagne par exemple), l’éducation au respect de l’eau… Toutes ces actions participent au souci de préserver la capacité de ces eaux à devenir des eaux symboliques. Elles nous sont tout aussi indispensable que leur matérialité.

Pour certains scientifiques comme David Lorimer, ce respect de l’eau est tout autant un  devoir qu’une nécessité écologique : « Le lien nous unissant à la Terre, mais tout particulièrement à l’eau, s’est défait et il nous est indispensable de le renouer d’urgence ».

Yann Olivaux.  Revue "Biocontact", n°154, janvier 2006



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